07 décembre 2007
Les prédateurs de Lucas Belvaux, mon autre coup de coeur.
Ce réalisateur belge a aiguisé mon appétit, que dire, une envie soudaine d’aller suivre à la télé ce défi que relève Lucas Belvaux, celui d’essayer de dénouer avec clarté et rigueur historique l’écheveau de cette affaire tentaculaire, l’affaire elf ? Ramifications politiques extrêmement complexes, un scandale politico-financier françafricains de ces vingt dernières années, que mon ami Belvaux porte à l’écran.
Les Prédateurs, fiction en deux volets, diffusée en Octobre dernier sur canal +, revient sur "l’affaire Elf", reflet d’un système où dirigeants français et africains s’allient pour piller les richesses des pays d’Afrique, des accointances ésotériques, sibyllines, de ces hommes étranges. Les arcanes du pouvoir mis à nu au cinéma, un film me rappelant tant soit peu, "made in Africa", c’est aussi plus de deux décennies de la vie de la puissante multinationale pétrolière elf, étroitement imbriquée à la vie politique française et africaine, portée sur les écrans.
Un thriller factuel et didactique au coeur de la "françafrique" réalisé par l’étonnant Lucas Belvaux et servi par un casting exceptionnel. Le téléfilm, parvient à rester captivant de bout en bout, un thriller rondement mené qui bénéfice d’une pléiade d’acteurs qui dépeignent avec justesse des personnages dont la dimension dramatique intrinsèque se prête au récit cinématographique. Il s'est appuyé sur un scénario bien écrit, le récit d’une affaire qui est en elle-même un thriller, remarque Lucas Belvaux. Il y a d’abord le coup et ensuite l’enquête judiciaire. La tension vient essentiellement des relations entre les personnages qui ont dans le temps des intérêts antagonistes.
Au total, environ quatre heures de révélations, d’indignations, de rire qu’on ne pouvait voir que sur une chaîne privée tant le sujet est délicat, mais surtout de révolte face à un système qui bien que, maintes fois dénoncé, perdure. Aussi bien en France, que sur le continent africain. La géopolitique et les intérêts économiques semblent suffire à justifier les pires agissements. Provoquer des guerres civiles et le massacre de milliers d’Africains des tours de la défense, où se niche le siège de la compagnie elf, ne semble émouvoir personne. Sauf peut-être le spectateur.
A ce que je sache, pour la majorité des Français, l’affaire elf se résume à une histoire de cul, entre Roland Dumas et sa maîtresse d’alors, Christine Deviers-Joncour, la « catin de l’état », mais l’affaire elf, c’est surtout le pillage des ressources africaines, un pillage à huis clos, entre les français et les dirigeants africains. C’est l’un des axes les plus importants de cette affaire et c’est celui que le réalisateur du film a choisi de privilégier.
Les prédateurs est une satire, un téléfilm qui persifle cette France insouciante qui, se livre à un pillage économique qui tourne au drame pour les africains, une autre banale histoire, encore une histoire de nègre pour cette France qui s’est entichée du Sarkozysme à la manière Lepenniste, et qui ne voit en l’Afrique que l’immigration, une France stéréotype qui dépeint de façon cynique la société Africaine, une Afrique victime de clichés éculés mêlant Sida, Misère, guerre et émigration.
Le téléfilm s’articule autour de faits et d’images d’archives pour entraîner le téléspectateur au cœur d’une affaire développée de façon chronologique, et le pari est osé d’autant que certains des protagonistes, dont l’implication dans l’affaire elf a été mise à nue, ont intenté des procès pour diffamation.
avec Aladin Reibel, Philippe Nahon, Nicole Garcia, Claude Brasseur . Canal +
Ravel.

