Le continent réinvente la révolution de 1789, mieux encore elle pourrait faire mieux! Ce n'est plus une contagion ou un coup de vent, c'est une traînée de feu qui saisit les esprits à travers l'Afrique. La Tunisie a chassé son tyran, et l'envie de faire de même se répand... et pas seulement dans les pays arabes. Il n'est pas tout à fait certain que la "révolution du jasmin" soit bel et bien une révolution. Il est incontestable, en revanche, qu'elle a eu lieu en terre d'Afrique.
Inspirée de la révolution tunisienne qui a chassé le président ben Ali le 14 janvier après 23 ans de pouvoir, la révolte populaire en cours en Égypte contre le régime du "raïs" de 82 ans est dépourvue de toute "tête" politique. Mais ElBaradeï se pose en recours. Tout devient donc possible sur le continent? les dictatures mêmes les plus froides et virulentes sont bravées par le peuple

Comme en Tunisie, le peuple égyptien dans son ensemble dénonce la pauvreté, le chômage, la corruption et la répression et se sert d'internet pour déjouer les efforts de la police. Soixante pour cent des 80 millions d'Égyptiens et 90% des chômeurs ont moins de 30 ans. 40% de la population gagne moins de 2 dollars par jour et un tiers est illettrée. Je Juge que des réformes sont nécessaires en Afrique comme dans le monde arabe afin de répondre aux demandes des populations en faveur de meilleures conditions de vie. Le peuple a faim, il veut aussi du lait et du miel.

Ben Ali appartenait à cette catégorie de chef d'Etats représentée aussi bien au nord qu'au sud du Sahara, et aussi ailleurs dans le monde, régnant sur des systèmes pourris jusqu'à l'os, défendus par une combinaison d'autoritarisme et de bons chiffres macroéconomiques. Comme si un taux de croissance (environ 4 % en 2010) à faire pâlir d'envie l'Europe avait la possibilité de nourrir les affamés et d'étancher leur immense soif de liberté, cette denrée non négociable qui ne change pas de valeur selon les régions ou les coutumes locales. Les pays ne sont pas seulement peuplés d'estomacs, même vides. Dans la petite planète globalisée, il serait temps de s'en rendre compte, avant que la rue ne se charge de mettre les choses au clair.

"Pain, liberté, dignité", clament les slogans de Tunis, manière de rappeler que, dans un contexte où les prix s'envolent, être pauvre devient, encore un peu plus, une douleur. La douleur, on le sait, n'a pas de fond. On ignore en revanche à quel moment elle devient intolérable. En Égypte, où, depuis la fin 2010, le prix du pain augmente de 10 % par mois, et où l'écrasante majorité de la population peine à se nourrir, on a peut-être atteint ce seuil.

Allongeant le pas à son tour pour aller à grandes enjambées vers les émeutes salutaires, la jeunesse égyptienne brandit des pancartes calquées sur celles de Tunis pour tenter d'obtenir, elle aussi, le départ d'un chef de l'Etat détesté : "Moubarak, dégage !" Dans d'autres pays, comme au Soudan, on rêve aussi de voir un régime corrompu, paralysé, finir par prendre l'avion pour fuir la colère de sa propre rue.

Le continent éclate de jeunesse, une jeunesse désaliénée et décomplexée dans son ensemble, il n'en peut plus d'être mené par des dirigeants qui se disputent les records de longévité au pouvoir, avant de songer à passer la main à un de leurs enfants. Combien de temps les vieillards tiendront-ils la maison Afrique ? Se souvient-on qu'en mai 1968 l'exaspération d'étudiants du Quartier latin, à Paris, étouffant dans la France gaulliste, avait déclenché une onde de choc mondiale ?

"A la fin tu es las de ce monde ancien", écrivait Guillaume Apollinaire (Zone) en 1913. De cette lassitude extrême, il y a déjà eu deux précédents au Soudan, en 1964 et en 1985, lorsque le pouvoir fut renversé par des mouvements insurrectionnels. Des régimes à bout de souffle, une corruption vertigineuse, une nomenklatura qui s'approprie les ressources et les leviers de l'état, tandis que les prix montent en même temps que la colère. Voilà qui doit rappeler quelque chose à d'autres peuples du continent.

Se souvient-on que, en septembre 2010, des émeutes graves ont éclaté au Mozambique, pays prisé des touristes en raison de ses plages et prisé des bailleurs de fonds en raison de l'orthodoxie budgétaire de ses dirigeants ? Le Mozambique aligne des chiffres de croissance plus impressionnants encore que ceux de la Tunisie (plus de 6 % en 2010), et les bailleurs de fonds, apparemment, avaient choisi d'ignorer les dérives d'un pouvoir qui tient convenablement ses livres de comptes mais flirte avec des narcotrafiquants, entre autres turpitudes. C'est finalement l'inflation qui a jeté la population dans les rues de Maputo, en attendant des répétitions ailleurs.

La vie chère est le fruit de l'envolée des cours des denrées sur les marchés mondiaux, à commencer par celui des céréales, dont la flambée pourrait être comparable à celle de 2008, l'année des "émeutes de la faim" en Afrique. Ces émeutes ne parlaient pas que de panier de la ménagère, mais de tout un monde devenu insupportable. Faim de pain, faim de liberté, faim de dignité mélangées. Tous tunisiens ?

En Afrique, où se perpétuent des présidents maîtrisant l'art de transformer les élections en crampons neufs pour se visser un peu plus au pouvoir, il y a de quoi méditer. C'est sur cette base que, à la suite de l'élection en Côte-d'Ivoire et du drame noué autour de son résultat, des mouvements naissent à travers le continent. Ici, un groupe de jeunes responsables, essentiellement du secteur économique, originaires de plus de 20 pays d'Afrique, ont lancé un appel sur Facebook : "Nous sommes tous ivoiriens", pour réclamer que la victoire d'Alassane Ouattara, certifiée par les Nations unies, soit aussi reconnue dans son propre pays.

La révolution des pyramides risque d'emporter un des régimes les plus brutaux du continent, une des oligarchies les plus puissantes du monde moderne. Les revendications du peuple égyptiens sont légitimes et fondamentales. Le raïs à 82 ans, qu'il entende raison et qu'il parte avant de se faire chasser brutalement et de finir un jour devant la justice de son pays.
J'encense le peuple Égyptiens, comme avec les Tunisiens, nous les soutenons tous, et ce message je l'adresse aussi à l'endroit du peuple Ivoirien, et de tous les Africains en général. Les africains sont en train de surmonter la culture de la peur, et une fois qu'elle est surmontée, il n'y a pas de retour en arrière. Je crois absolument que nous allons voir de grands changements arriver. ce n'est pas encore fini... et tout ne fait que commencer.